[LITTERATURE] HAITI : LA NATION DE L’EGALITE DES RACES HUMAINES

Dernière mise à jour : 26 janv. 2021



Salut les caribéens,


Je vous souhaite mes vœux de bonnes années (il n’est jamais trop tard hein).


En vrai, je rattrape le retard en un seul article. Pour être sincère, cet article était prévu pour le 1er janvier, mais bon, vous savez hein.


Pour cette nouvelle année, j’introduis une nouvelle rubrique : la littérature. Soyons clair, je ne vais pas vous présenter des nouveautés littéraires caribéennes. Ce sera plutôt l’occasion de vous faire découvrir (ou redécouvrir) des auteurs et des ouvrages caribéens.


Aujourd’hui, Cap sur Haïti ! Le 1er janvier était la fête d’Indépendance de la Perle des Antilles, l’occasion pour nous de célébrer à notre façon, cette jolie date. (Promis l’année prochaine, je partage avec vous la recette du Soup Joumou).


AVANT QUE LES OMBRES NE S’EFFACENT


Auteur : Louis-Philippe DALEMBERT

Pays : Haïti

Editeur : Sabine Wespieser Editeur

290 pages









Cet ouvrage m’avait été prêté par ma tutrice, alors que j’étais en stage au Consulat d’Haïti à Paris. J’avais ouvert quelques pages, mais malheureusement n’avait provoqué de réel engouement à la lecture des premières pages. Puis quelques années plus tard, je le retrouve à la bibliothèque municipale de ma commune avec l’envie de lui redonner sa chance.

Trêve de bavardage, allons-y !



UNE ODYSEE HUMAINE



AVANT QUE LES OMBRES NE S’EFFACENT a été écrit par l’auteur haïtien Louis-Philippe DALEMBERT et publié en 2017 par les éditions Sabine Wespieser.


Dans son interview à France-Culture, Louis-Philippe DALEMBERT affirme que son ouvrage n’est pas un roman historique et il a absolument raison.


Soyons clair, ce n’est pas une énième histoire d’un juif durant la Shoa, mais plutôt une odysée humaine. L'ombre du penseur Anténor Firmin est présente tout le long du récit, son chef d'oeuvre "Egalité des Races Humaines" est le fil d'Ariane de l'ouvrage.

Joseph Anténor Firmin (1850 - 1911)

Le récit prend naissance en Pologne, plus précisément à Lodz, alors sous administration russe, où nous suivons le destin sinueux de Ruben Schwarzberg, de son enfance en Pologne à son exil en Haïti, en passant par les camps de travail et le paquebot Saint-Louis.


Ce bref résumé ne vous parait pas très original, je vous l’accorde. La construction du récit en soit n’est pas très innovante. Vous pourrez vous dire à bien des égards que vous n’avez qu’à regarder Le Pianiste de Roman Polanski ou La Vie est Belle de Roberto Benigni. Vous n’aurez pas tort.



PARCE QU’A SON ECHELLE LA CARAIBE A JOUEE UN ROLE DANS LA 2nd GUERRE MONDIALE



Cependant, cet ouvrage se démarque des classiques littéraires et cinématographiques (si on reste uniquement sur une analyse scénaristique) car il nous apporte un regard nouveau.


Que savez vous de la Caraïbe pendant la 2nd Guerre Mondiale ? Si ce n’est la Dissidence et l’application du régime de Vichy en Guadeloupe et Martinique, nous n’avons très peu d’écho sur les autres îles de la Caraïbe.


C’est à ce propos que l’ouvrage nous dévoile sa beauté. En effet, Louis-Philippe DALEMBERT n’est pas un historien et n’a jamais eu la prétention de l’être. Toutefois, il est l’un des premiers à mettre en lumière auprès du grand public, comment Haïti et Cuba, alors deux des trois nations indépendantes de la Caraïbe (n’oubliez pas la République Dominicaine), ont-elles aussi participé à leurs échelles à la Seconde Guerre Mondiale.


Concernant Haïti, la mise en contexte historique est faite dès le prologue. En 1941, Elie Lescot, président d’Haïti, déclare tout bonnement la Guerre à l’Allemagne Nazie après l’attaque de Pearl Harbor par les forces de l’Axe. Quelques années plus tôt, son prédécesseur Stenio Vincent autorise par décret-loi du 29 mai 1939, la naturalisation de tous les juifs d’Haïti et l’ouverture aux frontières de ceux qui souhaitent y trouver refuge.


A Cuba, ce n’est pas une décision, mais plutôt une crise humanitaire à laquelle devra faire face la plus longue île Caribéenne. En 1939, un paquebot part de Hambourg vers la Havane. A son bord, 939 personnes de confession juive, cherchant à fuir une répression nazie qui ne cesse de s’intensifier. Toutefois, le périple de ces désormais apatrides (les Lois de Nuremberg ayant rétrogradés les juifs au rang de « ressortissant de l’Etat »), n’est pas prêt de trouver une fin heureuse. Arrivé à la Havane, le gouvernement cubain refuse l’accostage du bateau, s’en suit un véritable calvaire.


Paquebot le Saint-Louis.

L’Histoire de Ruben Schwarzberg s’insère dans ce contexte historique intense, en y mêlant des figures intellectuelles haïtiennes tel que Camille Rousset et une panoplie de personnages afro-descendantes.



LA MIGRATION : UNE HISTOIRE HUMAINE A TRAVERS LE TEMPS



A nos yeux de contemporains, les chapitres relatant le Saint-Louis pourraient rappeler l’Aquarius. Ce navire de sauvetage, qui accueillait à son bord des milliers de réfugiés syriens et afghans, qui ne reçus l’autorisation d’accoster par nombreux Etats européens.


Le thème de la migration est d’ailleurs le sujet de fond de cet ouvrage. Paru en 2017, alors que l’Europe traversait une crise migratoire sans précédent, Avant que les Ombres ne s’effacent nous ramène à notre condition humaine face aux décisions politiques. L’auteur ne cherche pas à défendre une position politique, bien au contraire, c’est notre sensibilité qu’il cherche à atteindre.


Outre le périple du Saint-Louis, le protagoniste subit toute les étapes de l'itinéraire sans répit des réfugiés : de la fuite, à la traversée, en passant par les camps de refugiés ou les démarches administratives sans fin.


Le protagoniste, Ruben et sa famille, sont ces familles de réfugiés, d’exilés politiques qui fuient vers toutes les destinations pouvant leurs offrir un avenir meilleur : Etats-Unis, Europe de l’Ouest, Israël et même la Caraïbe.


A ce propos, l’idée que Haïti ai pu être une terre d’accueil peut nous sembler paradoxale quand on sait que, mais c’est l’idée d’égalité humaines qui conduit le lecteur et le protagoniste dans cette Odyssée, non pas historique, mais humaine.


Avant que les Ombres ne s’effacent n’est pas un roman que l’on qualifiera d’exceptionnel ou de classique de la littérature caribéenne. Mais c’est un ouvrage qui mérite d’être lu par bon nombres car, non seulement, elle nous permet découvrir un pan de l’Histoire caribéenne qui ne nous ai pas conté.


C’est aussi l’Histoire des migrations caribéennes, qui se place dans la lignée des travaux de Raphael Confiant qui a relaté les migrations chinoises (Case à Chine), levantines (la Rue des Syriens), américaines (Madame Saint-Claire) et indiennes. A ce titre, les migrations juives vers les Antilles au XIXe siècle restent en effet, peu documentées, pourrait être un joli sujet de fiction historique.


N’hésitez pas à l’acheter, mais n’oubliez pas de soutenir vos libraires en achetant directement chez eux !



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